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Clément Bayard

Pionnier industriel
Gérard Hartmann

Rares sont les ouvrages consacrés aux industriels pionniers de la locomotion mécanique. Il faut donc saluer ici l’entreprise courageuse de Gérard Hartmann qui nous présente le parcours surprenant de l’un des personnages les plus mal connus de la IIIe République dont l’ascenseur social permis la transformation des rêves d’Adolphe Clément en brillantes réalisations signées Clément Bayard.

Compte tenu de la diversité des domaines industriels abordés par ce personnage hors du commun, le respect d’une trame séquentielle bien adaptée à ses années de jeunesse fait bien vite place à un découpage par domaine d’activité industriel. En effet, cet enfant de l’Oise né à Pierrefonds au milieu du XIXe siècle, orphelin de père et de mère à neuf ans, va connaître une ascension progressive et laborieuse bâtie sur l’amour du travail bien fait, le respect de l’autre et les opportunités financières qui vont s’offrir à lui tout au long de cette époque charnière où les rêves les plus fous décrits dans les romans d’anticipation vont gouverner les réalisations les plus grandioses.

Compagnon réalisant son tour de France, il se passionnera pour le vélocipède, fera fortune avec les pneus Dunlop, sera logiquement attiré par le moteur à explosion qu’il greffera d’abord sur des tricycles, passant ensuite à la voiture. Il créera les usines de production mécaniques qui seront de véritables modèles d’organisation, probablement les plus modernes d’Europe. Bâtissant un véritable empire dont la statut de Bayard lui servira d’emblème, il ira jusqu’à faire fusionner son nom à la légende de ce chevalier sans peur et sans reproche en se faisant officiellement appeler Clément-Bayard.

Bien sûr, l’aéronautique ne pouvait pas laisser indifférent un tel individu qui n’hésitait pas à mieux rémunérer ses contremaîtres que ses ingénieurs. Il suivait non seulement comme fournisseur les exploits du plus français des Brésiliens, Alberto Santos-Dumont, mais également comme un nouveau domaine à conquérir industriellement. Et si l’aéronautique lui coûta plus qu’elle ne lui rapporta, il fit flotter ses couleurs dans le ciel d’abord avec ses dirigeables qui défrayèrent les chroniques parisiennes, puis avec divers aéroplanes qui connurent quelques succès rapidement avortés par la Première Guerre mondiale, laquelle marqua un coup d’arrêt définitif à son expansion industrielles. Adolphe Clément en eut assez et il céda ce qui lui restait de ses usines à un jeune ingénieur prometteur : André Citroën, qui sut très bien amortir cette succession où les initiales n’étaient pas le seul point commun.

L’ouvrage mérite une mention toute particulière concernant le soin apporté à la mise en page et à la riche iconographie très colorée. Le rapport entre textes, notes et images est particulièrement bien aéré et en fait un livre très agréable au parcours et à la lecture. De nombreux tableaux et des annexes très fournies répertoriant les brevets d’invention et le contexte historiques viennent compléter l’ensemble.

Comme vous l’aurez deviné, l’aéronautique n’est pas le seul sujet abordé dans ce livre. Même si les chapitres consacrés aux dirigeables, aux aéroplanes et aux productions de guerre représentent près de la moitié de l’ouvrage, les premiers chapitres relatant la jeunesse d’Adolphe Clément, puis ses productions de cycles, tricycles et d’automobiles constituent un point de passage obligé très enrichissant pour la compréhension de l’ensemble. Mais hélas, pourquoi avoir consacré quinze longues pages à Alberto Santos-Dumont, en retraçant la quasi totalité de ses productions, alors qu’Adolphe Clément n’eut qu’un rôle mineur dans cette épopée ? C’est sans doute auprès de l’aéronaute qu’il se forgea une lente passion, laquelle le poussera à entreprendre dans le domaine de l’air, mais était-ce nécessaire de relater aussi longuement un tel parcours ? Soit. En revanche, il est regrettable qu’il subsistât quelques « coquilles » historiques qui assombrissent quelque peu la valeur d’une très belle entreprise. Par exemple, Louis Gaudart, le pilote de l’Aérotorpille*, le véritable premier pilote d’essais au monde**, est confondu avec l’aérostier Louis Godard avec lequel il n’a rien à voir. De même, la description de la coupe Pommery est assez imprécise : elle est en fait initiée par René Quinton, le président de la Ligue Nationale Aérienne qui en définit les principes, et c’est le marquis de Polignac qui s’en est fait le mécène en lui consacrant 50 000 F de prix sur 6 trimestres. Soit 7 500 F au vainqueur semestriel et non 15 000 comme le mentionne l’auteur. La somme excédentaire de 5 000 F récompensant un prix aéronautique similaire. Par ailleurs, une coupe réduite est remise à chacun des gagnants, la coupe définitive étant remise au gagnant final ou encore à celui qui réalisera dans l’intervalle 1 000 km (ou 1 500 selon les sources) à au moins 200 km/h de moyenne, ce qui était à peine utopique pour l’époque.

Ces quelques désaccords vites surmontés, Clément Bayard, pionnier industriel demeure malgré tout un ouvrage très agréable à parcourir qui fait renaître la forte stature d’un personnage modèle trop rapidement tombé dans l’oubli.

Thierry Matra


176 pages, 21,5 x 28 cm, relié + jaquette


* L’Aérotorpille: un aéroplane « évolutionnaire » conçu par Louis Paulhan d’après Victor Tatin avec l’appui d’Adolphe Clément-Bayard.
** Référence faite au livre de Jean-Pierre Sourdais sur Louis Gaudart

Clément Bayard p. 79
Clément Bayard p. 79

Avec l’aimable autorisation de
© ETAI

Clément Bayard p. 80
Clément Bayard p. 80

Avec l’aimable autorisation de
© ETAI

Clément Bayard p. 115
Clément Bayard p. 115

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Clément Bayard p. 134
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ETAI

ISBN 978 2 7268 9673 0

38 €