1966. En rentrant chez lui, un père Noir tombe sur son fils, qui soigne quelques bleus après une altercation avec des racistes en marge d’une manifestation de Martin Luther King. Lorsqu’il lui reproche son manque de prudence, son fils lui dit en substance qu’il est facile de se résigner quand on a déjà eu l’occasion de combattre. L’incident décide le père à raconter ce dont son fils ne connaissait que quelques grandes lignes et une paire de décoration : les détails de la guerre, le long chemin qui a mené un lot de pilotes Noirs à forcer l’entrée du corps aérien de l’armée des États-Unis, à vaincre obstacle après obstacle pour se faire envoyer en Italie, jusqu’à devenir une unité demandée par les équipages de bombardiers en mission sur Berlin.
Vous connaissez déjà Garth Ennis. Scénariste star des éditeurs de comics, il a déjà pratiqué le récit historique aérien avec Out of the blue et Stringbags (sur les équipages de Fairey Swordfish). Il nous livre ici une histoire sobre, directe, quasiment chronologique, où les événements parlent d’eux-mêmes et où même le père ne se permet que d’assez rares commentaires moraux. C’est rythmé, entraînant, quoique parfois un poil répétitif – mais c’est une réalité indéniable : victimes de racistes et racistes répètent souvent les mêmes schémas…

Simon Coleby est lui aussi un vétéran des comics, mais Dreaming Eagles est sa première incursion dans notre domaine. Il nous offre un style graphique noir et dur aux ombrages profondément hachurés et dynamiques. La mise en pages est généralement classique mais s’offre quelques doubles pages plus aérées, et la mise en couleurs de John Kalisz soutient bien les différentes ambiances – du jaune sable libyen à la verdure allemande, en passant par les projections sanguinolentes. Le ciel est rarement bleu, et jamais limpide : ce n’est pas un endroit de rêve, mais la promesse de pièges omniprésents.
Les lecteurs familiers des Tuskegee airmen n’apprendront sans doute pas grand-chose dans ce récit certes fictif, mais très soigné historiquement. Cependant, cet ouvrage apporte un regard assez original, plus sobre, plus dur et exempt du romantisme parfois un peu artificiel dont les scénaristes affublent souvent cette histoire – comme la bande dessinée Tuskegee Ghost ou le film Red Tails. Il plaira donc à coup sûr aux amateurs…
Avec une réserve toutefois : la traduction a été réalisée sans aucune connaissance aéronautique et l’éditeur n’a pas corrigé certaines erreurs évidentes, ce qui nous poussera à vous conseiller sans hésiter la version originale si vous lisez l’anglais.
Franck Mée
168 pages, 17,5 × 26,5 cm, cartonné

© Éditions Paquet

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